Comment financer l’acquisition de vos nouveaux actifs sans utiliser la marge de crédit?

Quand vous contemplez l’acquisition d’un nouvel actif, que ce soit une nouvelle machine ou la dernière technologie sur le marché, la marge de crédit n’est pas l’instrument financier à privilégier. D’ailleurs, votre banquier vous le dira assez rapidement.

Quand il est question de financement, le principe à respecter est le suivant : jumeler, le plus possible, la période d’amortissement du financement à la durée de vie de l’élément financé. Ainsi, lorsque les entreprises procèdent à l’acquisition d’actifs en utilisant la marge de crédit, elles risquent de provoquer des incidences sur leur structure financière. Ceci est dû au fait que la marge de crédit est calculée en fonction des besoins à court terme de l’entreprise et non des besoins à long terme. 

Comprendre la marge de crédit

La marge de crédit est essentiellement un prêt remboursable sur demande. Elle est initialement constituée d’un simple montant autorisé et les débours effectués par l’institution financière se font la plupart du temps, en fonction des besoins de l’entreprise, par tranches fixes prédéterminées. Appelée aussi crédit d'exploitation, la marge de crédit sert à financer les activités courantes, à savoir les dépenses liées à l'exploitation quotidienne. Elle sert également à fournir les fonds requis en vue du maintien des stocks et des comptes clients et le financement des variations de fonds de roulement qui surviennent en cours d’exercice.

Chaque banque établit des normes financières pour calculer le montant maximum de crédit d'exploitation à être approuvé pour une entreprise. Ces normes varient selon les secteurs d'activité, les actifs donnés en garantie et les politiques en vigueur. En général, les banques autorisent une marge de crédit maximale représentant au moins une fois l’avoir des actionnaires de l’entreprise.

Aussitôt cette limite fixée, la banque précise habituellement une formule de calcul des marges qui limite le montant des fonds mis à la disposition de l'entreprise. Cette formule tient compte de la valeur des garanties cédées, soit un pourcentage des stocks (entre 0 % et 50 %) et des comptes débiteurs (entre 60 % et 75 %) de moins de 90 jours. Les pourcentages varieront selon la nature et la facilité de revente des produits en stock et le degré de solvabilité des clients.

3 moyens alternatifs pour financer vos nouveaux actifs

Il existe 3 moyens que les entreprises peuvent préconiser pour financer de nouveaux actifs sans utiliser la marge de crédit :

  1. l’argent des actionnaires ou d’autres investisseurs, sous la forme d’une nouvelle injection de fonds dans l’entreprise
  2. obtenir un prêt à terme que l’on remboursera sur une période de temps qui varie en fonction de la durée de vie de l’actif
  3. financer une partie de l’actif convoité par de la dette à terme et l’autre partie par une injection de fonds 

Le troisième moyen offre plus de flexibilité et permet la création d’un levier financier que l’on peut monnayer auprès des institutions financières, car ces dernières peuvent, généralement, prêter au moins 2 $ pour chaque 1 $ investi. D’ailleurs, il se peut que l’entreprise possède déjà un levier financier inutilisé dans son bilan. C’est souvent le cas d’entreprises qui affichent une forte rentabilité.

Quelques instruments financiers disponibles sur le marché

Après la création ou la découverte du levier financier, il est maintenant important d’examiner les instruments financiers disponibles sur le marché. Parmi les options disponibles pour ce genre de transaction, soulignons :

Le prêt à terme bancaire garanti par les actifs financés

Ce type d’emprunt est constitué d’un montant fixe établi à l’avance qui portera intérêt à taux fixe ou variable dont les remboursements sont étalés sur la durée totale de l’emprunt. Il peut servir au financement de divers types de biens corporels et incorporels. Les garanties seront le plus souvent constituées d’hypothèques mobilières sur les biens acquis à l’aide du prêt. Dans le cas d’actifs incorporels, l’institution financière prendra en plus des garanties de 1er rang sur les actifs tangibles disponibles et si cela s’avère insuffisant, une hypothèque mobilière de 2e rang sur certains autres actifs. Il est courant que l’institution financière exige également une garantie personnelle de la part des actionnaires.

Le prêt à terme bancaire garanti par les gouvernements fédéral et provincial

Afin de limiter les garanties exigées par les institutions financières, on peut financer la transaction par un prêt à terme qui sera garanti par un organisme gouvernemental. En effet, certains programmes gouvernementaux prévoient une garantie de prêt offerte aux institutions financières en cas de défaut de paiement de la part de l’emprunteur. C’est le cas des « Prêts aux petites entreprises », mieux connus sous le sigle « PPE ». Des frais supplémentaires de gestion sont cependant exigibles lorsque l’entreprise se prévaut de ces programmes.

Le financement offert par les fournisseurs du bien acquis

Contrairement aux prêts à terme offerts par les institutions financières, où seulement une partie du coût du bien est financée, bon nombre de fournisseurs proposent des contrats de location qui permettent souvent de financer la totalité du coût du bien. La principale garantie réside bien sûr dans le bien loué. Il arrive toutefois qu’une garantie personnelle des administrateurs soit exigée.

Les prêts sans intérêts et contributions non remboursables offerts par les gouvernements fédéral et provincial

Les gouvernements sont une source d’aide non négligeable pour un entrepreneur. Toujours est-il que trouver le bon programme d’aide financière peut s’avérer difficile. Bien que les gouvernements déploient de plus en plus d’efforts pour réduire le nombre de programmes et faciliter le traitement des dossiers, il n’en demeure pas moins que la recherche du ou des programmes appropriés, l’élaboration du dossier et l’acceptation du projet peuvent exiger beaucoup de temps. Il est alors recommandé de demander l’aide d’un professionnel spécialisé en financement et/ou de construire de solides relations avec les fonctionnaires.

En bref

Il faut garder à l’esprit que des conditions et des critères d’admissibilité s’appliquent dans tous les cas mentionnés. Une bonne préparation et une documentation consistante sont des atouts indispensables pour obtenir le financement requis.

Essayez d’éviter les achats impulsifs et prenez le temps d’examiner l’incidence de l’acquisition sur votre structure financière et votre rentabilité avant de prendre votre décision. En plus, rencontrer son banquier pour expliquer des problèmes de liquidités provoqués par une mauvaise utilisation de votre marge de crédit n’est pas une expérience agréable.

 

Patrick Whalen, MBA, vice-président – Services-conseils financiers

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